Les Mallos de Riglos

Une forteresse minérale et colorée.

Ce massif espagnol, petit par la taille est immense par sa renommée. C’est un paradis pour les grimpeurs et un plaisir des yeux pour les randonneurs.

En venant de Jaca par la route du Nord, les Mallos de Riglos apparaissent subitement au détour de la route. La vue est saisissante de majesté. D’immenses tours d’un rouge intense pointent dans le bleu du ciel. Il faut savoir garder le volant en main, telle la fascination du regard est grande.

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C’est en se rapprochant, sur la route du village que la vue est des meilleures. La surprenante couleur rouge est due à la présence d’oxydes de fer. Elle tranche avec la blancheur du village niché au pied des falaises. Chaque point à son nom. De gauche à droite le Firé se présente de flanc. C’est le point culminant. De face le Pizon s’offre dans sa verticalité. Plaqué contre lui, on peut selon l’angle de vue, distinguer le Puro, le cigare en espagnol. A l’extrême droite, les vautours ont élu domicile. Bien que premiers habitants des falaises le dérangement des grimpeurs, leurs cris de joie ou d’émotion et le cliquetis de leur « mousquetaille », les ont contraint à transporter leurs pénates vers une banlieue plus calme. Les nids sont repérables aux traînées blanches de leurs commodités. Un lotissement de vautours n’a pas besoin de plan d’assainissement. Quand l’oiseau est dans le besoin, il se tourne, lève sa queue et « zou », dans le vide sans chichis ni manières.

Il faut remonter à l’ère tertiaire soit quelques plusieurs millions d’années en arrière, pour s’expliquer la curieuse formation des Mallos de Riglos.

Suite au démantèlement des Pyrénées d’énormes couches de galets et de sédiments sont transportés et déposées ici.
A l’époque le Rio Gallego qui lèche paisiblement le pied des Riglos de ses eaux turquoises était déjà en place dans son lit actuel. Rien à voir avec l’aimable cours d’eau qui fait aujourd’hui le plaisir des amateurs de rafting et autres sports aquatiques. Il faut imaginer de phénoménales masses d’eau et de boues liquides en mouvement, dévalant la montagne avec une puissance infernale.
Les blocs concassés, roulés puis polis dans cette lessiveuse naturelle sont réduits à l’état de galet et arrondis. Les boues durcies sous l’effet de la pression cimentent le tout. L’escaladeur connaît bien ce type de rocher aux prises parfois incertaines. Les géologues, poètes à leurs heures, lui donneront le nom de poudingue. Le terme provient par analogie de l’anglais « pudding ». Bonne comparaison avec ce monument de la gastronomie »très british » fait d’une pâte compacte dans laquelle se distinguent les raisins secs et fruits confits. Le terme francisé au XVIII siècle est très suggestif.
Quelques millions d’années plus tard, à l’ère quaternaire (dans laquelle nous nous trouvons encore), un puissant phénomène d’érosion entre en œuvre. Les roches tendres notamment les grès sont rapidement dégagées. Les poudingues, plus solides résistent.

Les Mallos de Riglos tels qu’ils nous apparaissent ne sont donc que des chicots naturels.

Les beaux restes d’un massif aujourd’hui disparu.
Ce phénomène n’est pas spécifique à cette région. D’autres Mallos d’origine identique, pointent par çi par là sur le versant Sud des Pyrénées. Le salto de Roldan, Vadielo pour ne citer que les principaux.
Une autre explication attribue à une sorcière la création des Mallos. Par sa taille gigantesque, elle importunait tellement les habitants qu’elle s’entoura de rochers pour se dissimuler à leur vue.

Ces nobles gravats ont de tout temps excité la convoitise des grimpeurs.

Depuis leur découverte, nombreux s’y sont essayés. Sans succès. Vu le matériel de l’époque il fallait en « avoir dans le pantalon » pour oser s’attaquer à ces forteresses réputées imprenables. Jean Arlaud lui même y prit une veste en 34.
Les premiers qui en « avaient suffisamment » étaient 3 catalans. Par un beau matin du 17 août 1942, ils étaient sur les lieux dès l’aube, gonflés à bloc et décidés d’en découdre. Il faisait grand beau, les rayons du soleil levant caressaient le village endormi, les guêpiers zébraient l’azur, les vautours matinaux scrutaient le sol en quête de leur petit déjeuner. Ce matin-là, un matin en apparence comme les autres, le Firé ne savait pas encore qu’il allait perdre sa virginité. La voie était ouverte vers d’autres conquêtes. Le Pizon tomba en 46 et le Puro en 53. Depuis, plus de 200 voies ont été ouvertes. De nombreux grimpeurs accourent ici du monde entier pour inscrire les Mallos à leur palmarès.

De splendides itinéraires de randonnée sillonnent les Riglos offrant les vues les plus diverses sur cet étonnant massif. A quelques kilomètres, de l’autre côté du Rio Gallego, les Mallos de Aguerro sont aussi à découvrir.

Quelques suggestions de découvertes

Promenades :
Le mirador de los buitres
Le monastère de Anies

Randonnées :

Royaume de Mallos de Riglos : falaises, ermitages et chapelles
Mallos de Riglos et San Juan de la Peña en liberté
Des Mallos de Riglos à Alquezar
Citadelles de pierre en Aragon

Par Gérard Caubet

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