Séismes : les Pyrénées atteintes de la maladie de Parkinson

Dans les Pyrénées, la terre tremble souvent.

Fort heureusement, la plupart de ces manifestations telluriques passent inaperçues.

Sur les quelques 200 séismes d’une magnitude supérieure à 2 se produisant chaque année, seuls moins d’une trentaine sont ressentis par la population.

Un tremblement de terre est toujours impressionnant. Un bruit sourd comme un roulement de tambour se fait entendre, il accompagne les secousses du sol. Sur les étagères, les bibelots sont pris d’agitation frénétique. Ça peut durer un temps qui semble long.

C’est dans la tectonique des plaques plutôt que dans les débordements érotiques des voisins qu’il faut aller chercher l’explication. Considérons les continents comme d’immenses radeaux à la dérive sur le magma sous-jacent. Ils s’éloignent ou rapprochent au gré des mouvements de ce dernier.

La naissance des Pyrénées n’est que le bourrelet cicatriciel dû à la collision des plaques européenne et ibérique.

Ce formidable carambolage s’est produit il y a 65 millions d’années.

faille nord pyrénéenne

Faille nord pyrénéenne © B-Jamorski

Pour les géologues, la frontière géologique avec nos voisins espagnols n’est pas celle des douaniers. Elle se situe au niveau de la faille Nord Pyrénéenne qui court de l’Atlantique à la Méditerranée. Elle est observable sur la photo, entre le col d’Iseye et le bassin de Bedous. À cet endroit, la plaque ibérique s’enfonce sous l’Eurasie à raison de un millimètre par an. Ce mouvement n’est pas continu. C’est le relâchement brutal de ces tensions qui occasionne les séismes.

Quelques témoignages historiques

(Sources le réseau de surveillance sismique des Pyrénées
http://w3.dtp.obs-mip.fr/RSSP/LaSismicite/historique.php)

Le 3 mars 1373, un séisme d’intensité VIII-IX secoue le versant sud des Pyrénées centrales, au sud du Val d’Aran, dans la région de la Ribagorza.

Ressenti à plus de 300 km (jusqu’à Montpellier et Bordeaux), il occasionne des dégâts considérables dans le Val d’Aran. On n’a pas d’indication sur le nombre de victimes.

Entre 1427 et 1428 c’est la crise catalane.
Pendant plus de deux ans, une crise sismique d’une violence inouïe secoue toute la Catalogne. Elle débute le 13 mars 1427 dans la région d’Amer (près de Gérone) et culmine le 2 février 1428, date à laquelle se produit le plus fort séisme jamais répertorié dans toute l’histoire des Pyrénées. Ce dernier occasionne des dégâts catastrophiques à toute la région de Puigcerdá, Prats-de-Mollo, Camprodon et jusqu’à Olot. Les pertes humaines se chiffrent par centaines. Des édifices s’écroulent à Bordeaux, à Albi, au Puy-en-Velay. De nombreuses églises ou chapelles sont détruites dans toute la Catalogne espagnole. À Besalu, des bâtiments tombent dans une crevasse, et un champ de blé affaissé se transforme en lac. À Lloret, des projections de pierre et de boue « aussi hautes qu’un arbre » sont mentionnées.

Le 21 juin 1660 à Bagnères-de-bigorre
Ce séisme reste à ce jour le plus fort ayant de mémoire humaine affecté les Pyrénées françaises. Bagnères-de-Bigorre, Lourdes et de nombreuses villes et villages de Bigorre subissent des dégâts considérables. On dénombre une trentaine de victimes, mais ce chiffre est très imprécis. Le séisme est ressenti jusqu’en Vendée et à Montpellier.
Avant le séisme de 1660, l’abbaye de Saint-Savin était un vaste ensemble architectural. Même si l’église abbatiale resta debout, elle subit des dommages considérables.
L’abbatiale de Saint-Pé-de-Bigorre possédait une tour-lanterne «d’une hauteur prodigieuse y ayant voûte sur voûte». Elle s’effondra.
Deux autres séismes, à peine moins forts, secouent la même région le 24 mai 1750 et le 20 juillet 1854.

Le 13 août 1967, le séisme d’Arette affecte la vallée du Barétous et ses environs. C’est le dernier ayant causé un décès en France métropolitaine. Le village d’Arette est détruit à 80%, les villages voisins (au premier rang desquels Lanne, Montory, Barlanès, Haux) sont également très touchés. La secousse est ressentie jusqu’à Bordeaux et Barcelone, et enregistrée dans la plupart des stations sismologiques du monde.

Par Gérard Caubet

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