Le Néouvielle, une réserve sous tension

Le massif du Néouvielle trône en avant poste sur la chaîne des Pyrénées. Ses paysages de pins de pins à crochets multi centenaires sur fond de rhododendrons et de montagne enneigée font la vedette des cartes postales.
Bien qu’en partie protégée par une réserve, de nombreuses attaques ont à différentes époques menacé son intégrité. Si la route des lacs et le projet de méga station avaient vu le jour, il ne serait plus le magnifique massif que l’on aime à parcourir. Une myriade de lacs en font la réputation. Mais certains sont en sursis. La nature peut s’avérer impitoyable.

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Le Néouvielle, une réserve naturelle

En 1920, le professeur Chouard parcourt le Néouvielle sur les conseils de l’instituteur de Gèdre, par ailleurs éminent botaniste. Il y découvre des plantes inconnues dans les Pyrénées. L’époque est à la protection des espaces naturels. Une loi est votée dans ce sens en 1930. La Camargue ouvre le ban. Le Néouvielle suivra dans la foulée en 1936. Sa gestion est confiée au Jardin d’Acclimatation avant d’être reprise par le Parc National.
Le territoire stricto-sensu de la réserve est relativement étriqué. Il se limite aux lacs d’Aumart, d’Aubert, les Laquettes et la rive droite du bassin de l’Oule.
La jonction Réserve Parc se fait au niveau des terrasses de Cap de Long, par un isthme étroit uniquement fréquenté par les isards.

Géologiquement parlant, le Néouvielle est à classer dans la catégorie des « plutons » en référence au Dieu romain des enfers et des profondeurs de la terre.
Le pluton est une bulle de magma qui s’est solidifiée avant d’atteindre la surface de l’écorce terrestre. Dégagé de sa gangue par l’érosion, le massif plutonique subit l’attaque des glaciers. Ce sont eux qui ont modelé le paysage caractéristique fait de larges fonds d’auges séparés par des arrêtes en chenille.

L’eau est omniprésente dans tous les recoins du massif

À chaque détour de sentier, l’émerveillement est à son comble : ici un chapelet de lacs  enserrés dans un écrin de verdure, là un ruisseau s’écoulant en cascatelles murmurantes.
Mais cette beauté de façade dissimule un drame muet. De nombreux lacs sont en train de mourir de mort naturelle selon un phénomène bien connu que les scientifiques nomment « eutrophisation ».  La racine grecque « bonne nourriture » indique l’origine du mal. La prolifération des algues provoque un enrichissement du milieu en nitrates et phosphate. Toute cette bonne chère encourage le développement de nouvelles algues qui , en mourant, produisent à leur tour plus de nutriment ,accélérant ainsi le cycle irréversible de la nature.
Les lacs jeunes se reconnaissent à leurs berges propres, baignées d’eaux claires et fraîches .
Dans les lacs eutrophes (c’est ainsi qu’on appelle les seniors chez les lacs), les eaux sont peu transparentes et chaudes. Les berges sont encombrées et les fonds vaseux. De vieux pins à crochets abattus par l’âge, achèvent de pourrir dans les eaux stagnantes.
Finir en tourbière est le destin fatal des lacs eutrophes.
Certains vallons comme celui d’Estibère sont de véritables maisons de retraite lacustres.

La vie de la réserve n’a pas toujours été un long fleuve tranquille

De nombreuses attaques ont à différentes époques hypothéqué son intégrité.
Dans les années 50, la construction des barrages a bouleversé la belle ordonnance naturelle des lieux. A l’emplacement de Cap de Long se trouvait le lac de Loustallat dont Raymond d’Espouy dira en guise d’oraison funèbre « un joyau des Pyrénées est mort ».
Aujourd’hui on s’émerveille de la prouesse technique des grandes murailles de béton. Le paysage les a assimilées au point d’en faire les fleurons du massif.

En 70 la mode est au quadrillage des Pyrénées par des routes traversantes.
Les élites de l’époque se sont prises à fantasmer sur une route des lacs traversant la réserve par le milieu.
Des écolos chevelus montent au créneau. La défense de la montagne s’oppose au tourisme de masse et à la création d’emplois. L’issue du combat, longtemps incertaine a fini par aboutir à l’arrêt des travaux sous le col d’Aubert.

Dans les années 80, les chercheurs d’or blanc reniflent au Néouvielle un filon inexploité. Il suffirait de relier les stations de Saint Lary, Barèges et la Mongie pour créer un grand domaine skiable de pointure internationale. Le site du lac de l’Oule serait particulièrement propice à la création d’un complexe immobilier de 4000 lits, avec pizzerias et boîtes. Un front du refus conduit par des locaux conduit à l’abandon du projet.

Aujourd’hui, les turbulences sont oubliées

Les stigmates de la route d’Aubert se cicatrisent peu à peu. On peut chercher en vain la première pierre du Balcon de l’Oule. Elle n’a jamais été posée.
L’état de nature du massif s’avère être un moteur économique « non polluant ». On y vient de loin de loin pour ascensionner, randonner ou simplement admirer le paysage.
Des solutions ont été trouvées pour concilier tourisme et protection. L’accès routier au cœur de la réserve est régulé au départ d’Orédon dans l’objectif de canaliser les flux automobiles générateurs de nuisances. L’installation de toilettes sèches limite la prolifération de fleurs de papiers derrière chaque caillou.

Par Gérard Caubet

Pour découvrir la réserve naturelle du Néouvielle :

 

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