Néouvielle, des lacs à gogo

Placé en avant poste de la chaîne des Pyrénées le massif du Néouvielle est le paradis des randonneurs, des lacs, et des pêcheurs de truites.

Comme son nom ne l’indique pas, le Néouvielle n’est pas le plus haut du massif. La palme revient au Pic Long. Ces 3192 m font de lui le plus haut sommet entièrement français. Cocorico !

Au Néouvielle, les lacs sont tellement nombreux que les doigts de mains et de pieds d’un groupe de randonneur Balaguère ne suffiraient pas à les compter. La raison est à rechercher dans les tréfonds de l’histoire géologique du massif. Le Néouvielle est ce que les géologues appellent un pluton : une énorme bulle de magma refroidi imperméable au ruissellement. Plus prés de nous les glaciations modèlent le paysage, formant les fameuses arrêtes en chenille caractéristiques du Néouvielle lui-même et des Alharisses avec lequel il est souvent confondu. Dans le même temps le rabot glaciaire creuse de nombreuses cuvettes où l’eau s’accumule formant une myriade de lacs naturels tels Aygues-cluses, Bastanet et Port Bielh. Tout ce travail ne s’est pas fait sans dégâts comme en témoignent les nombreux pierriers formés de blocs amoncelés dont certains sont plus hauts que des maisons. La Balaguère vous amène à la découverte de ces lacs en randonnée accompagnée : Néouvielle, la ronde des lacs ou en randonnée en liberté : Néouvielle, de lac en lac.

Là dessus l’homme est passé parachever le travail de la nature, construisant de nombreux barrages dont les plus importants sont Oredon, l’Oule et Cap-de-long.

Rien en surface, ne laisse transparaître tout le travail qu’a nécessité leur construction.  Aujourd’hui, il n’en reste rien. Dame nature a tout digéré, jusqu’au moindre boulon.

Malgré leur proximité, Oredon et Cap-de-long ne sont même pas pacsés.

Construit en terre, entre 1869 et 1884 le barrage d’Orédon est l’un des plus anciens ouvrages des Pyrénées. Ses eaux turbinées une première fois dans l’usine hydroélectrique d’Eget rejoignent Arreau où elles se déversent dans le canal de la Neste. Le dit canal alimente artificiellement 17 rivières de Gascogne prenant leur source sur le plateau de Lannemezan.

Sans Oredon le Gers ne serait pas le Gers. La culture du maïs serait impossible et sans maïs pas de canard donc adieu foies gras, confits et magrets. La tristesse absolue.

Quant à Cap-de-Long, il est beaucoup plus récent. Le gigantesque mur de béton visible dans une encoignure de la vallée retient derrière lui une véritable mer intérieure. C’est la deuxième réserve pyrénéenne après l’étang de Lanoux. Il alimente la centrale électrique de Pragnères située en Pays Toy entre Luz-Saint-Sauveur et Gavarnie.

L’aventure de Cap de Long commence en 1947 avec le plan Monnet, visant à répondre aux besoins énergétiques du pays sorti exsangue de la guerre.

L’idée est de transformer le site de Cap-de-Long un grand réservoir de stockage alimenté par un gigantesque dispositif de « cueillette de l’eau » organisé depuis Gavarnie et Cauterets. Terminé en 1953, les chiffres donnent le vertige : 6 ans de travaux dans des situations extrêmes, 3000 ouvriers, 30 prises d’eau, 40 km de galeries, 4 barrages, 2 stations de pompages, 18 téléphériques, 5 funiculaires, 33 km de routes escarpées et un gigantesque siphon de 900 m de haut.

Dans le Néouvielle, rien ne se perd. Le moindre filet est capté. Même les lacs de la Glère, Dets Coubous  situés de l’autre côté de Madamette contribuent au remplissage de Cap de Long.

Pour l’anecdote, à l’emplacement de Cap de Long se trouvait le lac de Loustalat. Ceux qui l’ont connu (il ne reste peu) disent que c’était un vrai bijou.

A côté de ces géants existe tout un réseau de lacs naturels dont certains sont faiblement rehaussés par une digue discrète.

Les plus emblématiques d’entre tous sont les lacs jumeaux d’Aubert et Aumar.

Deux purs joyaux limpides comme des diamants. Séparés par un isthme étroit, ils se déversent l’un dans l’autre avant d’alimenter les célébrissimes laquettes situées à quelques encablures en aval.

Massif du Néouvielle, Aubert et Aumar

Massif du Néouvielle

Plus discret est le vallon d’Estibère. Ici la nature est restée intacte. Aucun barrage. A l’état de nature les lacs évoluent en tourbières suivant un phénomène bien connu que les scientifiques appellent « eutrophisation », Leur arrêt de mort est signé.

L’étymologie éclaire sur le processus morbide d’eutrophisation. Eu venant du grec « bien » et trophein « nourrir », un lac eutrophe meurt d’indigestion.

Les lacs qui en sont victimes sont reconnaissables à leurs berges encombrées de plantes aquatiques et à leurs fonds vaseux d’où quelques bulles s’échappent parfois.

Ces algues vont consommer tout l’oxygène dissous dans l’eau, s’asphyxier, tomber au fond et se décomposer.

Cette désoxygénation progressive va accélérer le dépôt des matières organiques. Et ainsi de suite jusqu’à la transformation du lac en tourbière spongieuse.

C’est bien sûr du sommet du Néouvielle qu’on bénéficie du plus beau point de vue sur l’ensemble des lacs, tant du côté Barèges que versant Oredon et Cap de Long.

On peut aussi se laisser tenter par le pic de Montpelat admirablement situé sur un nœud d’arêtes rocheuses entre le vallon d’Estibère, le lac de l’Oule et Aumar Aubert.

L’environnement du Néouvielle est favorable à plusieurs espèces végétales et animales dont la surprenante drosera et le non moins surprenant crapaud accoucheur. La première est une plante carnivore faisant penser à un requin doté d’une immense gueule ouverte garnie de dents. Chez le crapaud, c’est papa qui s’occupe des enfants pendant que maman randonne avec les copines. Au Néouvielle le crapaud accoucheur accouche jusqu’à 2400m. Un record. Dans ces conditions extrêmes peut il rester 10 ans à l’état de têtard.  Le Néouvielle c’est aussi la plus haute forêt du monde de pins à crochets. Certains sont multi centenaires. Les rives du lac d’Aumar, entouré de rhododendrons en fleur sur fond de Néouvielle enneigé est la vedette de toute les cartes postales.
Découvrez un autre article sur La Balaguère : le Néouvielle, une des plus anciennes réserves naturelles de France.

Par Gérard Caubet

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