Feuilleton “La folle des Pyrénées” – Episode 2

Comme dans tous les lieux géographiques et anthropologiques, anecdotes, légendes, faits historiques participent à composer l’histoire fabuleuse des Pyrénées. Ainsi toute la mémoire, de cette cordillère qui relie l’Atlantique à la Méditerranée, étincelle des mille feux qui émanent des récits qui peuplent ses territoires et les souvenirs de ses habitants. Ainsi en Ariège, au dix neuvième siècle, une femme hante par sa présence insolite les montagnes du Vicdessos. C’est cette histoire que je vais vous conter en m’inspirant du récit de René-Jean Pagès « La folle des Pyrénées » aux Editions Empreinte.

La folle des Pyrénées

Si vous ne l’avez pas lu, vous pouvez découvrir ici le 1 er épisode.

L’HISTOIRE DE LA FOLLE DES PYRENEES

2 ème épisode

Pour commencer, il est important de préciser que les événements du premier épisode, décrits dans l’article du 7 janvier 1814 par Paul Bascle de Lagrège, sont relatifs à des faits qui se sont déroulés au cours d’une période qui s’étire entre 1801 et 1808, sans doute au cours de l’année 1807. Ces faits que j’ai contés au présent, participent à la constitution de l’assemblage historique de cette époque en reliant les histoires locales à la grande histoire de France. En s’exprimant différemment nous parlerons des liens entre la micro-histoire et la macro-histoire. Alors dans ce moment des années 1806-1808, où en sommes-nous au sein de cette macro histoire ?

L’illustre personnage de l’Histoire de France à ce moment, s’appelle Napoléon, Napoléon 1er, sacré Empereur des Français en décembre 1804. Un sacre qui survient quinze ans après le début de la révolution en 1789 et cinq ans après le coup d’état du dix huit Brumaire en 1799. Au début de l’automne 1806, l’Empereur vainc les Prussiens à Léna et en 1807 il remporte la victoire de Friedland sur les Russes.Russes. A la suite des intrigues qui furent
menées par les Français avec le Roi d’Espagne Charles IV et avec son fils Ferdinand prince des Asturies qui tous deux se trouvent être faibles et imbéciles, un soulèvement populaire se déroule à Madrid en mai 1808. L’insurrection gagnera l’Espagne entière malgré la courte accession au trône espagnol du frère de Napoléon : Joseph 1er Bonaparte. Et en juillet 1808, c’est un véritable coup de tonnerre qui explose dans le contexte européen avec la première défaite napoléonienne à Baïlen, en Andalousie, où l’armée affamée et assoiffée de 18000 hommes du Général Dupont est encerclée par les insurgés espagnols. La fin de l’occupation française en Espagne s’effectue en 1813. Nous savons combien la micro-histoire de notre « folle » dans les Pyrénées se trouve induite par la macro-histoire de la Révolution française et de l’Empire « Bonapartiste », en fournissant les déterminants essentiels du destin de cette femme. En effet, la révolution l’amène à fuir avec son époux en Espagne, et l’abrogation des mesures d’exil par Bonaparte en 1799 leur fournit la possibilité d’un retour dans leur terre natale.

D’après l’auteur de notre livre, ce retour eu lieu en 1801 et c’est à San Julia de Loria en Andorre que se serait produite l’agression fatale du mari de notre femme sauvage. A la suite de ce terrible drame, choquée et désemparée, elle aurait fuit et aurait vécu sur les pentes du Montcalm (3077m), après avoir franchit la frontière, puis sur celles du val de Lartigues dès le printemps 1801 jusqu’en 1805. Avant de rallier les tranquilles montagnes de Bassies qu’elle quitte en 1806 pour rejoindre le vallon de Saleix et finir les les premiers mois de 1807 dans la vallée voisine de Suc. Où elle s’installa principalement dans le bois de Bernardouse. Tous ces déplacements se faisant sous les effets de l’instinct de cette femme et des pressions issues de la fréquentation de son territoire par les chasseurs et les contrebandiers. Du refuge que constituait ce bois, vit-elle en juillet 1807, occupé à herboriser, le botaniste helvétique Augustin de Candolle en mission botanique et agronomique, mandaté par le ministre de l’Intérieur du gouvernement impérial ? Lui ne la vit sûrement pas car il n’aurait pas manqué de rapporter une telle rencontre !

En cette fin d’hiver 1808, le curé et les habitants de Suc s’inquiètent du sort de la malheureuse. Cet hiver 1807-1808 fut d’une extrême vigueur. En février, un froid polaire s’abattit sur le Vicdessos avec une intensité inouïe. La température s’abaissa jusqu’à atteindre des niveaux inégalés. La neige tomba en abondance pesant de tout son poids sur la terre gelée. Calfeutrés dans leurs maisons, les habitants de Suc avaient grelotté jusqu’au mois d’avril et ce n’est qu’au mois de juin que la froidure recula, trois semaines avant l’été. Alors sans doute cette pauvre femme aura-t-elle été dévorée par des animaux ou bien aura-t-elle succombé au froid et à la faim ou à une avalanche et sans doute gît-elle, ensevelie, sous des monceaux de neige. Mais quel ne fut point leur étonnement, au retour de la belle saison, de la voir réapparaître, avec sa chevelure blonde, sur les hauteurs accoutumées. Cette longue chevelure couleur d’or qui lui vaut son surnom de « la bloudino ». Sa réapparition fut considérée comme une résurrection, comme un prodige, comme un mystère.

En effet comment, dans sa nudité, avait elle bravé l’un des pires hivers que le Vicdessos ait connu ? Pour le curé cela tenait du miracle, de l’œuvre divine. A quelles facultés insoupçonnées avait-elle fait appel pour survivre ?

A suivre…

Par Yannick Rolland, accompagnateur en montagne

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