Le barrage du lac de Migouelou est dans son genre un ouvrage d’art.
Contrairement à ses confrères, c’est un barrage à voûtes multiples, unique dans les Pyrénées.

Barrage du lac de Migouelou
Ce choix de construction n’est pas une fantaisie d’architecte un tantinet foldingue. Il a été dicté par la topographie particulière des lieux. D’ordinaire, les barrages sont construits dans un étranglement de la vallée. Le site de Migouelou ne le permettait pas.
D’où l’idée de construire un chapelet de voûtes épousant les caprices du terrain.
Ancrée sur deux piliers et agissant comme un mini barrage, chacune est indépendante de sa voisine.
Elles sont 9 au total à retenir quelque 17 millions de m3 d’eau.
L’ouvrage étonne par sa finesse. Une impression de grande fragilité s’en dégage. Elle n’est qu’apparente. La solidité de l’ouvrage augmente avec la pression de l’eau contenue derrière. Aussi étonnant que cela puisse paraître, le barrage bouge au gré de son remplissage.

Barrage du lac de Migouelou
Le barrage de Migouelou est inauguré en 1959 après 2 années de travaux dans un contexte rendu difficile par l’altitude (2278m) et sans accès routier. Monte-charges et mulets assuraient le transport du matériel, des vivres et des gens. Les ouvriers dormaient à même le site dans des baraquements dont les fondations sont encore visibles.
L’autre curiosité concerne la mise en eau.
Elle ne se voit pas au prime abord. Il ne se fait pas de façon naturelle par l’apport des ruisseaux ou alimenté par la fonte des neiges. Les 70 millions de mètres cubes sont remontées du lac de Suyen aux heures creuses au moyen de puissantes pompes.
Les mêmes installations sont utilisées pour produire le courant aux heures de pointe.
Ce concept surprend par son audace. Migouelou n’est pas le seul concerné
La plupart des grands barrages fonctionnent sur ce principe. L’eau de Migouelou fait tourner les 7 centrales du Val d’Azun, avant d’être rendue au gave à la hauteur d’Argeles Gazost.
La visite de Migouelou est pécuniairement gratuite mais dispendieuse en énergie musculaire.
Migouelou ne se visite pas comme un musée ordinaire. Une virile montée en défend l’accès. Neuf cents mètres d’un « seul pet », soit plus ou moins deux heures de marche. C’est la meilleure des défenses naturelles contre la sur-fréquentation. Pour les courageux, la récompense suprême est de pouvoir se rafraîchir le gosier sur la terrasse de l’accueillant refuge construit en surplomb du lac.
Par Gérard Caubet
Il serait peut-être intéressant pour certains lecteurs de ce site qu’il soit fait mention de l’entreprise qui a construit ce barrage : B.A.C.C.I. (Béton Armé, Constructions Civiles et Industrielles) dont le siège était à Paris, avec une agence locale à Pierrefitte – Nestalas (65).
Ingénieur en Chef : Monsieur René TOULOUSE.
Ingénieur en second ; Monsieur Robert GRANGER.
De 1956 à 1958 mon père Italo TONIUTTI a travaillé avec cette entreprise sur ce site de Miquélou, originaire de de la région Grand-Est, comment trouver un historique de cette magnifique histoire avec documents. bravo et merci de permettre de trouver après tant d’année. Cordialement.
Bonjour, Je suis Raymond CUEL qui a écrit l’article au dessus. Je suis originaire d’un petit village à 10 kms du barrage de Migouélou et maintenant je suis à coté de Montpellier. Feu Robert GRANGER cité a été mon beau-frère.
Je suis en contact avec le fils d’un ancien de BACCI, qui devrait me communiquer des photos de ces chantiers. Je me suis promené près de ce barrage et marché au pied de ces voûtes : IMPRESSIONNANT ! Votre père vous aurait-il parlé de FLEMATTI, PELLEGRINI,
DEL’ANGELLA (forgeron), FRESCURA (comptable) qui y ont travaillé ? Vous pouvez m’envoyer un mail à [email protected]
Cordialement.
Je me suis permis de citer les personnes ci-dessus car toutes sont décédées, mais ont toutes participé à cet ouvrage. J’y ajoute Jules RAVANETE, PINTADO, … et bien d’autres dont les noms m’échappent.
Je viens de retrouver une liste non exhaustive de personnes ayant travaillé sur ce BARRAGE.
Je leur rend un dernier hommage : Daniel FRESCURA (comptable), Gervasio FLEMATTI ( père du Guide Alpiniste Robert FLEMATTI dont le fils Grégory est décédé dans une avalanche sur l’Everest), Prosper POULOT ( père du cycliste Robert POULOT, co équipier de Raymond POULIDOR sur le tour 1964, classé 47ème), KHALDI, Fernand MILLOT, PELLEGRINI, Guido VIEL de LOURDES, …
L’entreprise B. A. C. C. I. a été déclarée en faillite fin 1975 suite à une vengeance électorale de V.G.E. Très longue et triste histoire qui laissa près de 5 000 employés sur le carreau.