Vaste escroquerie dans le Val d’Azun

Plus la ficelle est grosse et mieux ça passe.

En 1905, l’affaire des diamants du Val d’azun en est l’illustration.

Dans les premières années du XX° siècle, Henri Lemoine, fils de bonne famille et escroc notoire, prétend avoir découvert le secret de la fabrication des diamants.

Pour prouver le bien-fondé de sa trouvaille, il propose une expérience.

Elle a lieu à Paris en présence de Sir Julius Wenher, gouverneur à vie du diamantaire De Beers. Henri Lemoine met du carbone dans un creuset, le passe au four et une demi-heure plus tard, un magnifique diamant apparaît sous les yeux éberlués de l’auditoire. L’aréopage d’expert n’y voit que du feu.

Ils sont loin de se douter que dans une vie antérieure Henri Lemoine avait exercé dans les foires ses talents d’illusionniste.

Notre escroc patenté demande une somme conséquente pour construire une usine dans les Pyrénées. Son industrie est gourmande en énergie électrique et les Pyrénées en regorgent. Banco, il touche le jack pot. On lui prête le projet de faire chuter les cours du diamant dans le but de racheter à bas prix les actions De Beers.

La puce à l’oreille, les pigeons plumés à l’insu de leur plein gré, se rendent sur place.

À Argelès-Gazost, personne ne connaît l’usine de diamants.

On les dirige vers Arras en Lavedan où ils ne trouvent qu’une usine électrique, tout ce qu’il y a plus classique.

En 1909, Henri Lemoine est arrêté et jugé. Beau parleur et séducteur, il s’attire la sympathie de l’opinion. Le verdict tombe : 6 ans de prison pour tentative d’escroquerie. Une paille !
Sorti prématurément de geôle, il s’évapore en Amérique du sud en compagnie de sa femme, à laquelle il avait divorcé par précaution avant de lui confier les fruits de l’escroquerie.

Quand le pot aux roses est éventé, l’affaire défraye la chronique.

Le Figaro de l’époque couvre l’évènement et publie les articles d’un certain Marcel Proust.
L’auteur de « A l’ombre des jeunes filles en fleurs » est loin d’être au sommet de sa gloire.
Il pastiche l’affaire Lemoine sous la plume de grands auteurs comme Balzac, Flaubert, Saint Simon, Renan Edmond Goncourt et bien d’autres. Il fera dire à Balzac que le diamant est  «  cette pierre fort brillante qui seule peut soutenir le feu du regard d’une femme » ? Que voilà un compliment joliment tourné !

Aujourd’hui, la centrale électrique de Nouaux est devenue l’usine Lemoine, parfois même du moine. Peu sont ceux qui passant devant connaissent l’épisode rocambolesque dont elle fut le théâtre.

Par Gérard Caubet

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