La rando de Collioure à Cadaques

La randonnée aux 5 sens

La randonnée Collioure Cadaques, “Colcad” pour les intimes, est un itinéraire hors normes qui relie deux pays unis dans la même culture catalane. Séjour phare de La Balaguère, c’est un circuit à succès dont les dates affichent souvent complet en été. Un nouvel itinéraire a donc été créé, par les sentiers du littoral, tout aussi beau et qui s’adresse davantage aux marcheurs débutants.

La partie française se développe le long de la Côte Vermeille puis se prolonge en Espagne par une partie sur la Costa brava (côte sauvage). Elles ont en commun d’offrir les charmes d’une côte profondément découpée, derniers soubresauts des Albères avant leur plongée définitive dans la Méditerranée.
La cuisine combine souvent les produits de la mer et de la montagne. Illustration : le poulet – gambas au vieux Banyuls.
La frontière des hommes n’a pas toujours été à son emplacement actuel. À certaines époques, elle n’a même jamais existé. La région est un immémorial couloir de passage. Le nombre important de vestiges militaires laisse à penser que les relations franco-espagnoles n’ont pas toujours été au beau fixe.
Au printemps, quand la flore est en pleine explosion, une débauche de couleurs s’empare des lieux. La luminosité y est exceptionnelle et l’ambiance méditerranéenne fleure bon les vacances. Collioure Cadaquès n’est pas une rando au rabais. Les sentiers escarpés montent à l’assaut des versants, ignorant le plat et les lignes droites. Il n’y a pas d’itinéraire officiel et dûment balisé. C’est donc à chacun de construire son chemin au gré de ses envies. Toutes les options sont ouvertes.

À l’abri dans les anfractuosités de la côte, de nombreux petits ports attendent sagement leurs visiteurs.

Tous sont différents. Les ambiances et les couleurs varient de l’un à l’autre. Entre Collioure la rouge et Cadaques la blanche, le contraste est saisissant. Port-Vendres, Banyuls, Cerbère, Port-Bou, Coléra, Llançà, Puerto de la Selva offrent chacun un charme différent.

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Les pentes de la côte vermeille, bien exposées au soleil levant se prêtent magnifiquement à la culture de la vigne. Les terrasses grimpent haut sur les versants et dévalent jusqu’à la mer. On marche en plein terroir de vins doux naturels de Banyuls. Les mêmes raisins cueillis précocement donnent les blancs secs AOC Collioure.

Prés de 6000 km de murets de pierre sèche soutiennent des milliers de gradins. Certains ne sont pas plus grands qu’un mouchoir de poche et le travail s’effectue à la force des mollets.
En Espagne, le vignoble, détruit par le phylloxera n’a jamais été replanté et le figuier de barbarie a pris possession des lieux.
Hormis aux alentours de Cadaques, l’olivier a entièrement disparu pendant le terrible hiver 1956.

L’histoire avec un grand H interpelle le randonneur à chaque détour du sentier.

De nombreux mégalithes attestent d’une présence humaine dès l’âge du bronze.

La région a toujours été l’objet d’enjeux pour lesquels on s’étripait gaiement. Un important patrimoine militaire est là pour en témoigner. Il suffit de lever le nez pour apercevoir, sur les promontoires les plus élevés, des tours à signaux pointant vers le ciel leurs silhouettes décharnées. Elles étaient au Moyen Age les éléments clés du système défensif de l’éphémère Royaume de Majorque. Les informations étaient transmises de tour en tour au moyen de feux et de fumées.
En 1659, le traité des Pyrénées met fin à une querelle de trente ans entre les Bourbons et les Habsbourg. La frontière s’établit alors sur son tracé actuel. La marque de Vauban se lit dans les fortifications de Collioure et Port-Vendres. Sa fameuse ceinture de fer, destinée à protéger le royaume de France, n’empêchera pas quelques coups de canifs dans une paix précaire. Les cartes signalent la présence d’un réseau de « batteries » dominant la mer. Elles étaient destinées à endiguer un péril qui ne viendra jamais. Les points de vue y sont souvent remarquables.
Sitôt passé côté espagnol, la silhouette du château de Sant Salvador capte le regard par sa situation élevée. À ses pieds, le monastère bénédictin de Saint Père de Rodes bénéficie de sa protection. Des hauteurs de la forteresse, on embrasse d’un seul coup d’oeil les baies de Llança, Puerto de la Selva et Rosas.

L’environnement est naturellement protégé par l’escarpement du relief.

La Réserve Naturelle Marine de Cerbère Banyuls est unique en son genre. C’est la seule réserve marine de France. De l’autre côté, le Parc Naturel du Cap de Creus lui fait écho. Une foison d’îlots et de « calas » (calanques) aux eaux transparentes, accentuent son caractère sauvage. Le Paratge Natural d’Interés Nacional de l’Albèra, abrite la tortue d’Herman reconnaissable à sa carapace bicolore à damiers jaunes et noirs. Elle avait entièrement disparu en 1986 à la suite d’un violent incendie. On ne la trouve plus qu’en Espagne où elle a été massivement réintroduite.
Au détour d’un sentier, il n’est pas impossible de tomber nez à nez avec les petites vaches sauvages des Albères localement appelées « fagines », du catalan fagas (le hêtre) dont elles mangent les faines.

De nombreux artistes ont contribué à forger la renommée de Collioure Cadaques

Elle devient le berceau du Fauvisme. Henri Matisse et André Derain sont les fondateurs de ce courant de peinture né ici au début du XX° siècle. Leur art fondé sur l’instinct, à base de couleurs violentes fera scandale.
Plus loin, Banyuls est la terre natale d’Aristide Maillol, peintre et sculpteur.
Ce disciple d’Antoine Bourdelle est passé à la postérité pour ses sculptures de bronze commencées sur le tard. Il repose chez lui, dans son jardin, sous « Méditerranée », l’une de ses plus belles créations.

Cadaques est marquée par l’empreinte de Salvador Dali peintre surréaliste et sculpteur. Dans la décennie 1950 et 1960, il met en scène le personnage excentrique que l’on connaît. C’est à Port lligat qu’il avait sa résidence-atelier où il vivait avec Gala. Un détour s’impose par Figueres. La plus grande partie de son œuvre est exposée dans le théâtre musée où il repose. En 1982, le roi d’Espagne l’élève au rang de marquis. Il devient alors Salvador Domingo Felipe Jacinto Dalí i Domènech, 1er marquis de Púbol.

Par Gérard Caubet

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