Le biros : La véridique histoire d’une mangeuse d’hommes au-dessus de tout soupçon

On ne vient pas dans le Biros par hasard. Il faut le vouloir. A Saint Girons, la direction n’est pas indiquée. Au début du siècle précédent, le Biros est le siège d’une intense activité minière. Son fleuron est la « mangeuse d’hommes », une mine de l’impossible, ouverte à 2500 m dans les flancs abrupts de la Mail de Bulard.

Le Biros, majestueux et peu accessible

Le Biros n’a qu’une entrée. Il faut remonter le cours du Lez et passer Castillon, A Sentein, la capitale, la vie semble tourner au ralenti. Continuons notre remontée de la rivière. Bientôt la route se réduit à un chemin. Les croisements sont parfois difficiles. Arrivée à Eylie, c’est la fin du goudron et de la voiture. Face à nous, le port d’Urets conduit en Espagne par des sentiers escarpés. Les versants abrupts bouchent l’horizon. On se sent pénétré par la puissance des lieux. Des villages perchés, des hameaux de granges donnent vie au paysage. C’est majestueux.
Des friches industrielles parsèment le fond de la vallée. Ce sont les vestiges vénérables du « bocard d’Eylie ». Le minerai arraché à la montagne à coups de pic et de masse était trié et lavé à cet endroit avant son expédition vers Saint-Girons.

[portfolio_slideshow]
L’écho, prisonnier des versants depuis un siècle, restitue à notre imaginaire le grincement des câbles sur les poulies, le bruit métallique des concasseurs et le cri des femmes s’interpellant à distance. Car s’étaient surtout elles qui travaillaient au bocard pendant que les hommes trimaient à la mine.
On peine à imaginer qu’ici vivaient 500 mineurs. Pas moins de deux écoles étaient nécessaires pour accueillir leurs 200 enfants.

La moindre imprudence est sans appel

L’histoire de la mangeuse d’hommes commence en 1858. Un filon de zinc et de plomb d’une richesse exceptionnelle est découvert tout en haut de la mail de Bulard.
L’idée même de son exploitation en ce lieu inaccessible, dépasse l’entendement.
C’est pourtant ce qui fut fait.
Neuf ouvriers s’attèlent à construire les baraques. Les matériaux nécessaires sont acheminés à dos d’ânes depuis la vallée. Sable et pierre sont pris sur place. Vingt deux ouvriers s’emploient à creuser en pleine paroi les 600 m du chemin d’accès au filon tant convoité. Le vide est affreux. Un simple fil de fer fait office de main courante. Une forge est même construite sur place.
Seuls leur courage et la perspective d’une maigre rémunération parviennent à tenir ces hommes debout dans cet univers où l’humain n’a pas sa place.
L’exploitation commence en 1901. Les journées sont de 10 heures. Deux jours de congés sont royalement accordés tous les quinze jours de travail.
La moindre imprudence est sans appel. La perspective d’une glissade dans le vide est omniprésente dans les esprits. On ne dénombrera miraculeusement que 3 morts par dévissage dont le forgeron. Les blessés dans les galeries, les accidents par explosifs et les étrangers ne sont pas comptabilisés.
Une forme aiguë de saturnisme, la colique du plomb, fait des ravages. Le mal est sournois car il frappe souvent à retardement.
En Aout 1919 le chef mineur Jean David Estrémé ferme définitivement la porte de la mangeuse d’hommes avec derrière elle 19 années de sa vie.

Les témoignages des derniers mineurs

Dans la salle à manger du Gite d’étape d’Eylie, on peut découvrir une collection exceptionnelle d’objets et d’ustensiles. Les gérants du gîte ont eu l’idée de recueillir pendant qu’il en était encore temps, les témoignages des derniers mineurs. Ils sont devenus ainsi les dépositaires de la mémoire collective de ce monument trop peu connu du patrimoine pyrénéen.

Une merveille pour les spéléologues

Le Biros abrite en son sein une perle rare. Il s’agit de la grotte de la Cigalère dont l’entrée se trouve quelque part a 2200 m d’altitude sur les flancs du Bentaillou. A la demande de l’UPE (union pyrénéenne électrique qui deviendra plus tard l’EDF), le célébrissime spéléo commingeois Norbert Casteret explore le réseau à seules fins de détourner son important cours d’eau souterrain. Plus tard, au hasard d’une exploration, un autre spéléo, Bernard Magos, découvre une salle d’une exceptionnelle beauté. Du sol au plafond, elle est entièrement tapissée de fleurs de calcite. Ces concrétions originales, déjouant les lois de la gravité poussent dans tous sens pour le seul plaisir des yeux. Émerveillé, il la baptise le 7° ciel. La Cigalère est aujourd’hui fermée au public, mais continue à faire baver d’envie les spéléologues du monde entier.

Par Gérard Caubet

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*