Parc national d’Ordesa Mont Perdu : gypaète et bouquetin

Le Parc National d’Ordesa Mont Perdu constitue ce que les montagnards français appellent l’envers du cirque de Gavarnie.
L’infatigable arpenteur de montagne que fut Henry Russel disait d’Ordesa qu’il était « capable de donner aux anges la nostalgie de la terre ». Sa richesse paysagère tient à la présence de profonds canyons qui lui valent le surnom de « Colorado pyrénéen ». Ils entaillent l’épiderme terrestre comme de profondes cicatrices jamais refermées.
La faune et la flore sont particulièrement riches en diversité. Deux espèces animales emblématiques y ont élu domicile: le bouquetin des Pyrénées et le gypaète barbu.

Le premier a récemment disparu, victime d’une chasse excessive et d’une protection trop tardive.
Sa protection fut à l’origine de la création du Parc National d’Ordesa le 16 août 1918.
Le 13 juillet 1982, le territoire est étendu aux vallées de Niscle, Escuain et le haut de Pineta.
En 1997 il est intégré dans la réserve mondiale de biosphère Ordesa Vignemale et inscrit avec Gavarnie au patrimoine mondial de l’Unesco.
En 1985, un projet européen Life « Grande faune pyrénéenne » est mis en place pour régler pêle-mêle les problèmes existentiels du bouquetin, du gypaète et de l’ours.

Le bouquetin des Pyrénées

Pour la science, le bouquetin est un ongulé ruminant de la sous-famille des chèvres. À ce titre, il ne doit être confondu ni avec le mouflon qui est un mouton sauvage ni avec l’isard dont la stature gracile ne peut porter à confusion.

Le bouquetin des Pyrénées diffère suffisamment de celui des Alpes pour que les scientifiques l’aient affublé du double qualificatif de « capra pyrénaica pyrénaica ». Il est l’une des quatre sous espèces espagnoles.
Les aragonais l’appellent  « Bucardo ».  Il peut peser jusqu’à 80 Kg. Ses cornes peuvent atteindre le mètre et ne doivent donner lieu à aucune allusion désobligeante car c’est un polygame invétéré.
La femelle nettement plus petite est appelée en français « étagne ».

Le bouquetin en situation critique

Déjà,vers 1880, la population du bouquetin était en situation critique pour cause de chasse.  Les fameuses « clavijas de Cotatuero et de Salarons » datent de cette époque. Le forgeron de Torla avait scellé ces barres de fer dans la roche pour faciliter l’accès des « sportmen » anglais aux zones d’altitude.
Un siècle plus tard, les scientifiques considèrent que le cheptel de bouquetins avait atteint sa « Taille minimum de population viable ».
A ce niveau, le nombre d’individus n’est plus suffisant pour que les chances de survie soient supérieures aux probabilités de disparaître.
Dit autrement, quoi qu’on fasse, « c’est fichu » si on se contente de les protéger.

Des mesures prises trop tard

Les réactions sont tardives. Les autorités gestionnaires envisagent la technique de l’enclos.
Elle consiste à capturer des individus et à les mettre en reproduction contrôlée dans un vaste espace clôturé. Les affaires faites les animaux auraient dû être relâchés dans leur espace d’origine.
Mais le projet n’aboutit pas. En effet, les techniques de capture ne sont pas suffisamment maîtrisées et de nombreuses tergiversations apparaissent. Pendant ce temps, l’horloge tourne. Un à un les bouquetins disparaissent jusqu’à ne plus compter qu’une seule femelle baptisée Célia.
La reproduction naturelle n’étant plus possible, le sort de la capra pyrénaica semble scellé.
Dès cet instant, le transfert embryonnaire devient la seule possibilité de sauver le bouquetin des Pyrénées. Il consiste à fusionner des cellules de l’espèce avec les ovocytes d’une mère porteuse génétiquement proche. Cette technique a été testée avec succès sur d’autres espèces menacées d’extinction.
Des essais sont entrepris avec des bouquetins de la Sierra de Beceite.

Un triste sort

Alors que tout est prêt, c’est la catastrophe. En effet Le 6 janvier 2000, Célia est retrouvée morte le crâne fracassé par la chute d’un arbre.
Est-ce la fin ? Peut être pas !
Le clonage est possible. Il consiste à dupliquer des individus à l’identique à partir de cellules greffées. C’est la technique qui a été utilisée en 1996 pour créer de toutes pièces la brebis Dolly. Des copies carbone du bouquetin des Pyrénées sont possibles car les chercheurs Américains possèdent les tissus de Célia, capturée en 1999.
L’autre solution envisageable pourrait être la réintroduction. Le Parc national des Pyrénées françaises est intéressé, mais les Espagnols sont réticents. Ils craignent une concurrence ultérieure sur la chasse au bouquetin ibérique dont ils sont aujourd’hui les seuls à détenir le monopole
Affaires à suivre.

Le gypaète barbu

La population de gypaètes connaîtra un sort plus heureux. Ce magnifique voilier est le plus grand oiseau terrestre d’Europe. Son envergure frise les 3 mètres. Les adultes sont reconnaissables en vol par la couleur rouge orangée de leur poitrail.

Gypaète

Gypaète © Yannick Bielle

Elle serait due aux boues riches en oxydes ferreux dans lesquelles ils aiment se baigner.
Son régime alimentaire, composé de charognes et de déchets divers, le fait appartenir à la grande famille des vautours.

Surnommé le briseur d’os

Qu’il advienne qu’une vache meure, les charognards accourent festoyer. Posé sagement à l’écart, le gypaète attend timidement son heure pour profiter des reliefs du repas. Débris d’os, déchets de peau constituent son ordinaire.  Selon une technique éprouvée, il se saisit des os, grimpe en altitude et les précipite dans les rochers pour les briser.

Cette curieuse habitude lui vaut en Espagne le nom de « Quebrantahuesos » signifiant « briseur d’os. » Selon la légende, le dramaturge grec Eschyle serait mort, le crâne explosé par une carapace de tortue lâchée par un gypaète. Un oracle lui ayant prédit qu’il mourrait écrasé par une maison, il avait décidé de vivre en plein air. Il n’avait pas prévu qu’une « maison de tortue » puisse accomplir la funeste prédiction.
Dés la sortie du nid, le jeune se fiance et entreprend une longue exploration de la chaîne à la recherche d’un territoire libre pour y fonder sa famille.

Un plan de sauvegarde efficace

Le gypaète pyrénéen aurait pu connaître le sort peu enviable de son congénère alpin, disparu des alpes au début du XX° siècle. La population pyrénéenne vivotait cahin-caha jusqu’à la mise en place d’un plan de sauvegarde musclé de part et d’autre de la chaîne.
C’est le cas à Escuain où des aires de nourrissage ont été créées. L’objectif principal est de fournir une nourriture saine et exempte de poison. L’empoisonnement est la menace principale qui pèse sur ce seigneur des airs. De nombreuses boules de viande empoisonnées sont dispersées dans la nature afin d’éradiquer le renard. Le gypaète s’en nourrit et meurt. Un marquage des juvéniles au nid permet un suivi de la population. C’est ainsi que l’on peut les compter et mieux connaître leurs mœurs.

Quant à l’ours, le soin est laissé aux français de s’en dépêtrer…

Par Gérard Caubet

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