L’histoire des Pyrénées : une position charnière entre France et Espagne

L’histoire des Pyrénées est riche de sa position charnière entre la France et l’Espagne.

Les premières traces d’occupation humaine sont retrouvées à Altapuerca, près de Burgos, à proximité du chemin de Saint Jacques. Elles sont datées de 1,2 millions d’années. Les traces de cannibalisme sur les ossements prouvent qu’il ne s’agit pas d’un pèlerin égaré mais du premier Européen connu.

Un grand saut dans le temps nous conduit dans les Pyrénées Orientales.

À Tautavel est découvert un pré néanderthalien de 400 000 ans notre aîné.
Les Néandertaliens ne sont pas nos ancêtres mais une lignée parallèle.
Malgré leur corpulence massive et robuste laissant supposer une grande force physique, ils disparaissent pour des raisons mystérieuses. L’homo sapiens (nous) apparaît dans le paysage il y a 45 000 ans. En costard cravate, rien ne permet de le distinguer d’un trader de Wall-Street. Les magnifiques grottes ornées de Niaux, Altamira, pour ne citer que les principales sont leur œuvre.

Au gré des randonnées, il n’est pas rare d’observer dans les prairies de curieux cercles de pierre, des tumulus, des cromlechs parfois des dolmens. Ils sont les vestiges d’une civilisation néolithique particulièrement présente dans les Pyrénées. Les Vascons, ancêtres des Basques, occupent un triangle “Océan-Garonne-Pyrénées ». Ailleurs on trouve des Celtes et des Celtes ibères. Tout en connaissant peu de choses de ces peuples de pasteur, on leur attribue la formation des paysages agro pastoraux actuels. Okabé, la montagne d’Espiau, le plateau de Ger sont particulièrement remarquables.

L’empreinte des Romains est importante dans les mémoires, les textes et sur le terrain.

Dans la guerre des gaules, Jules César brosse un tableau précis des peuples pyrénéens. Grands amateurs de thermes, ils connaissent la plupart des stations thermales actuelles
Ils fondent de nombreuses cités comme Lugdunum Convenarum (colline du dieu Lug des convènes), Saragosse (Colonia Caesar Augusta), Pampelune (fondée par Pompée). Des voies romaines les relient. Lors de la 2° guerre punique, le Phertus voit passer Hannibal est ses éléphants de guerre, ancêtres des chars d’assaut.
Le panthéon pyrénéen regorge de dieux romains accommodés à la sauce locale.
Montmaurin ou Lalonquette sont de belles « villaes » qui témoignent de l’opulence de leurs propriétaires.
Lorsque la Narbonnaise devient une province romaine, Pline l’Ancien la compare à Rome.

La fin de l’empire voit éclater des guerres entre tribus barbares.

Dans les Pyrénées s’affrontent francs et wisigoths.
Ces derniers, chrétiens ariens romanisés, font de Toulouse leur capitale. Battus par Clovis, ils se replient en Espagne. Divisés, ils ne peuvent résister à l’invasion fulgurante des Arabes en 711.
En 5 ans, Al-Andalus devient un foyer de haute culture au sein de l’Europe médiévale.
Pour contenir les maures au sud des Pyrénées les Carolingiens installent le long des Pyrénées une ligne de comtés : les « marches d’Espagne ».

La Reconquête de la croix sur le croissant commence aussitôt.

Elle démarre dans les Asturies. Le roi wisigoth Pélage défait les musulmans à la bataille de Covadonga. La « reconquista » s’achève 7 siècles plus tard par la prise de Grenade par les rois catholiques.
En 800 la découverte miraculeuse du tombeau de l’apôtre Jacques va susciter un immense élan de ferveur.

Saint Jacques le majeur devient le symbole de la lutte contre les maures et le saint patron de l’Espagne.

Toute la chrétienté se met en mouvement et part en pèlerinage vers Compostelle. On s’arrête en chemin pour vénérer des reliques. L’Europe se couvre d’un « manteau blanc d’églises romanes ».
Pendant ce temps, les rois de France successifs tentent d’asseoir leur emprise et d’agrandir leur domaine. On se trucide pour un oui ou pour un non. Pays d’Oil et Oc s’opposent culturellement. Chansons de gestes et amour courtois en sont l’exemple.
En Occitanie, l’hérésie cathare se développe avec la bienveillance des seigneurs locaux notamment les comtes de Toulouse. Elle est réprimée dans le sang et par le feu. Des personnages comme Simon de Monfort s’illustrent par leur cruauté. Le bûcher de Montségur en 1244 marque la fin symbolique de l’hérésie mais non son éradication totale.

Quand Henri III de Navarre accède au trône sous le nom d’Henri IV, c’est un temps de paix retrouvé

Pour un temps seulement.
Son petit-fils Louis XIV, signe la « Paix des Pyrénées » à l’occasion de son mariage à St jean de Luz avec l’Infante d’Espagne. Ce traité met fin à la guerre de trente ans et fixe peu ou prou la frontière à l’emplacement actuel. Vauban entoure la France d’une « ceinture de fer ». Pour les seules Pyrénées, une dizaine de forteresses sont édifiées dont Montlouis, Saint-Jean-Pied-de-Port, etc.

En monarque avisé, Louis XIV installe son petit-fils Philippe V au trône d’Espagne et crée par cela la dynastie actuelle des Bourbons.

À la révolution, la France tente d’exporter son modèle.

Toutes les puissances européennes se coalisent contre elle. La vallée d’Aspe est le théâtre de la fameuse bataille de Lescun, que d’aucuns n’hésitent pas à appeler le Valmy des Pyrénées. Le 4 septembre 1794, 7000 espagnols sont étrillés par 600 hommes du 5° bataillon de Volontaires des Basses-Pyrénées.
Les pertes espagnoles s’élèvent à 900 tués, 450 prisonniers.

Avec l’empire, Napoléon tente de faire main basse sur l’Espagne. Se saisissant de la Catalogne, il la découpe en département et tente sans succès d’installer son frère Joseph au trône d’Espagne. Ce conflit connu sous le nom de guerre d’indépendance est perdu par la France.

L’Espagne passe à côté de la révolution industrielle.

À la fin du 19ème siècle, la royauté espagnole est en difficulté. Un peu partout, des régions, des provinces voire de simples villages proclament leur « indépendance » ou du moins leur « autonomie ». La situation est proche de l’insurrection. C’est la première république. Début XX° le pays est pauvre. En 1931 suite à des élections municipales, la république est proclamée et la monarchie chassée. Alphonse XIII fuit en oubliant de démissionner. En 1936, le front populaire gagne les élections. Un coup d’état militaire conduit à la guerre civile. Franco prend le pouvoir. Les Pyrénées sont le théâtre de combats féroces entre républicains et franquistes. Guernica est bombardée un jour de marché par les avions allemands de la légion condor. La poche de Bielsa est l’un des derniers bastions de résistance des républicains. Les vaincus passent en masse les Pyrénées C’est la « rétirada ». Certains sont retenus dans les camps de Gurs, Rivesaltes etc. D’autres rejoignent la 2DB du maréchal Leclerc et participent en première ligne à la libération de Paris.
Profitant de cette période de désordre, un aventurier letton, Boris Skossyref se fait proclamer roi d’Andorre sous le nom de Boris I°. Il le restera 8 jours.

Alors que s’amorce la seconde guerre mondiale, Franco, craignant une invasion alliée, ferme la frontière des Pyrénées.

Il fait construire la « linéa P », et la « Linea Gutierrez“, sur le principe de la ligne Maginot. De nombreuses casemates sont encore visibles aux points stratégiques au débouché des cols pyrénéens.

À la mort de Franco, la monarchie est rétablie. Juan Carlos, petit fils d’Alphonse XIII, fait entrer l’Espagne dans la modernité. Avec l’Europe, la frontière entre la France et Espagne est abolie. L’Andorre n’est pas intégrée dans la communauté européenne. Ce qui donne du travail aux gabelous pour surveiller la route du Ricard.

Par Gérard Caubet

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